Témoignages aeronautiques / Vol zero G

Expériences :
Vol en apesenteur


Découvrir la sensation unique du vol en apesanteur est maintenant possible en Europe. La France propose enfin le vol en Zéro G là où, il y a quelques années encore, il fallait voyager vers la Russie ou les Etats-Unis pour jouer les apprentis spationautes.


Novespace, qui gère les vols en microgravité pour le compte du Centre National d’Etudes Spatiales depuis 1986, a en effet reçu en 2013 l’autorisation de la Direction Générale de l’Aviation Civile d’ouvrir une partie de ses vols au grand public.

Initialement réalisés sur Caravelle, les vols s’effectuent actuellement sur l’un des prototypes d’Airbus A300B spécialement modifié. L’accès à ce type d’avion était par avant réservé à l’entrainement des spationautes ainsi qu’aux instituts de recherche développant du matériel destiné à se retrouver dans l’espace. Aujourd’hui, les vols pour le grand public se déroulent de manière très similaire à ceux destinés aux « observateurs » des vols scientifiques que nous avons testé.

Avant toute chose, les postulants devront remplir un dossier de quelques pages auquel sera joint un certificat médical aéronautique de classe 2, délivré par un médecin agréé. Il s’agit d’un examen simple et la visite dure en général moins d’une heure.

Après quelques semaines d’attente, le rendez-vous est fixé, généralement à l’aéroport de Bordeaux, fief de Novespace.

Le jour J, l’équipage de cet avion si particulier commence par un briefing de sécurité.Pour les novices, de la Scopolamine en comprimé ou en injection est proposée pour atténuer le « mal de l’espace ». Il faut savoir que les êtres humains sont très inégaux face à ce mal que certains astronautes ont découverts, à leur dépend, une fois arrivés sur la station spatiale..

Embarquement. Une fois entré, on découvre un intérieur stérile, un peu comme celui d’un avion hôpital, complètement blanc dans sa zone centrale et avec des parois matelassées et éclairé au néon.

A l’avant, une trentaine de sièges digne d’une compagnie aérienne russe des années 80 sont séparés de la zone d’expérimentation par un filet où toutes les machines d’essais sont prêtes pour le moment décisif où l’avion atteindra « zéro G ».

La plupart des appareils d’expérimentations sont sanglés au sol, entourés par les chercheurs et étudiants attelés aux derniers préparatifs avant le vol. Cette zone se trouve complétement dégagée de toute machine lors des vols réservés au grand public.

Enfin, le troisième tiers de l’Airbus A300 est réservée à la zone de « free flight », complètement vide. Au fond, deux petites rangées de sièges permettent d’être plus au calme durant l’agitation du vol.

Démarrage moteur. porte fermée, équipage et passagers sanglés, l’avion décolle et se dirige vers la zone réservée au dessus de la mer, ou il fera des allers-retours entre Bordeaux et Quimper.

Le début des paraboles imminent est annoncé au micro. Il est temps de se mettre en position pour encaisser les 1,8g de la phase de montée rapide (ressource) pendant 20 secondes. L'avion passe alors d'une altitude de 20000 ft à 24000 ft au sommet de sa parabole.

L’idéal est de se placer à genoux, la tête droite et de rester immobile. Est alors décompté au haut parleur « une minute ! » ; « 30 secondes !» ; « 20… 10…. Cabré ! » Le facteur de charge est présent sans être véritablement écrasant.

« Injection ! » A ce moment précis, une sensation de flottement qui ressemble à l’évanouissement nous traverse durant une à deux secondes. Immédiatement le corps se met à flotter et le premier réflexe est de s’accrocher à ce que l’on peut… Le temps parait ralentir. Le corps est perturbé, il ne retrouve pas ses marques habituelles. Il faut se forcer à se dire que nous ne risquons rien la tête en bas. Une certaine ivresse anime la plupart des participants hilares de marcher au plafond ou de traverser la zone dans la position de superman.

Impossible de se tenir debout. Impossible de se stabiliser en dehors des sangles fixées au sol. Impossible d’être simplement immobile…

Les difficultés auxquelles doivent faire face les astronautes harnachés dans leur scaphandre, lors des sorties extravéhiculaires, sont un peu plus facile à comprendre…. Chaque légère poussée sur une paroi nous permet de traverser la zone sans effort.Une voix au micro nous ramène à la raison « 20….30….. Ressource ! »

Vingt deux secondes sont passées, nous sommes à 28 000 ft (8500m). Il faut se préparer, quelques secondes avant la chute, car durant les prochaines 20 secondes le facteur de charge repasse en positif à 1,8g. Mieux vaut prévenir que guérir si on ne veut terminer son free flight la tête en bas…

Deux minutes de pause en vol en palier et c’est reparti pour une autre des 33 paraboles réalisée à chaque cession scientifique. Pour les vols grand public, quinze paraboles suffiront pour aborder l’attraction lunaire tout d’abord, puis martienne et enfin la zéro G.

Le vol en micro pesanteur est une expérience unique et la seul abordable au grand public pour découvrir les sensations des passagers de la station spatiale internationale. C’est aussi l’une des seules permettant de toucher du doigt ce que Youri Gagarine a ressenti le premier en quittant la Terre en 1961….

Témoignage : C.Cosmao - Air & Cosmos

AEROPRESSE MEDIA 2013