Témoignages aeronautiques / Tir d'un missile Mica

Expériences :
Tir d'un missile Mica


Seulement quelques tirs de missiles réels sont réalisés chaque année. L’armée de l’air et l’aéronautique navale déploient alors un lourd dispositif de sécurité. En théorie, seulement un avion doit être présent dans la zone réservée. Témoignage d’un moment rare ou cette fois il y en avait deux. Ce jour là, la Flottille 12F a l’autorisation de réaliser deux tirs dans le polygone, au large de Biscarosse. La cible : un drone Mirach.

La procédure est stricte et toutes les conditions doivent être réunies pour qu’un tir de missile réel ai lieu. Le CELM donne alors son feu vert, pour que l’unité puisse réaliser le tir. La zone aura préalablement été « blanchie », par notam (interdiction de survol) et maritime par les vedettes de la DGA.

Charpy, 2200 heures de vol et commandant en second de la Flottille tirera pour la deuxième fois. Pour Dingo, 700h heures de vol (dont 250h sur Rafale), ce sera par contre une première… Le 17/04 au matin les Rafale M35 et M34 ont été armés par les « booms » de la Douze d’un Mica missile EM chacun. Le Rafale M14 participera au dispositif, équipé de réservoirs 2000kg et d’un pod nounou qui aura pour mission de ravitailler les avions tireurs. Deux avions supplémentaires seront armés et utilisables comme « spare », en cas de défaillance.

A 10h00, lors de l’initialisation du système le M35 rend compte d’un problème sur le missile, comme le temps est compté Charpy saute dans le M26, son avion « spare » équipé à l'identique.

Décollage sous la grisaille de Landivisiau des deux Rafale à 10h36 suivis du Hawker Hunter, appareil biplace côte à côte (Vintage mais puissant…), dans lequel je me trouve en place droite.

Tir missile Mica - Rafale

Rendez-vous avec les deux Rafale tireur et la nounou au dessus de l’Atlantique où le soleil est radieux. Cela parait une routine pour les marins qui enquillent et ravitaillent sans problème.

A proximité de la zone, les avions se séparent. Le Rafale M26 et le Hunter sont les premiers à entrer dans cette zone vide de tout aéronef et tous bateaux. Nous sommes dans le polygone réservé au large de Biscarosse, le CELM mène la danse à la radio.

Après quelques manœuvres à tenter de suivre le Rafale, nous devons nous mettre en position. Nous devons nous placer dans ses 8h (à l’arrière gauche du Rafale), à une vingtaine de mètres et attendons l’ordre de tir.

Les minutes sont longues. Charpy « accroche au radar » la cible Mirach lancée par le CEV, il égraine à la radio pour moi « 3 - 2- 1 – feu ! ». A « 1 », j’ai déjà déclenché mon Nikon pour la Rafale la plus longue de ma carrière… 4 secondes d’images à 11 images par secondes, soit … 44 images… à peine le temps de voir le missile partir avec sa superbe plume mauve qu’il est déjà au-delà de l’horizon. Il accélère quasi instantanément à mach 3 !

A la radio, Charpy demande si c’était ok pour les images… Le missile est visible sur trois photo, avant de disparaitre du champ, objectif plus qu’atteint, j’en attendais deux au mieux.

Bon, c’est fini…. Des mois de préparation, de longs briefings, des tas de problèmes techniques à surmonter pour…. Trois images….

Il faut vite laisser la place au deuxième avion tireur, qui doit utiliser la même cible.

 



Les Mica « d’entrainement » sont spécialement modifiés pour ne pas exploser à proximité de la cible comme en combat, mais un peu plus loin pour pouvoir réutiliser le drone. Dingo est hyper concentré, mais ne trouve pas la Mirach…. Et pour cause, nous apprenons que le missile de Charpy l’a touché et que la boucle de contact a fait exploser la charge, elle est donc éparpillée façon puzzle en Atlantique. Next time Dingo…

Témoignage : C.Cosmao - Air & Cosmos - article parus en juin 2013
AEROPRESSE MEDIA 2013